Le Sénégal : une société hypocrite ?

Un pays loin d’être parfait : le Sen-Régal, comme le dit si bien le chanteur Carlou D dans une de ses chansons portant le même titre.

À travers ce morceau, il dénonce certains faits qui gangrènent la société sénégalaise, au point de se poser la question : le Sénégal ne serait-il pas une société hypocrite ?

Prenons tout d’abord le problème des castes, qui est à l’origine de l’avortement de beaucoup de mariages qui auraient pu se concrétiser.

Combien de parents ont dit « niet » aux relations de leurs enfants parce que, soi-disant, la femme ou l’homme avec qui ils voulaient s’unir était tëg, griot… ?

Pour ceux qui ne connaissent pas trop ces histoires de castes, notamment les non-Sénégalais , je vous renvoie à mon article qui porte essentiellement sur cette thématique : Le problème de castes.

Ces histoires de castes datent d’une ère tellement lointaine, à l’époque des royaumes.

Malheureusement, beaucoup de familles sénégalaises restent ancrées dans ces traditions en faisant allusion à la lignée et à la noblesse.

Ainsi, un « noble » (guer en wolof) ne doit pas se marier avec une personne d’une caste inférieure. Je me demande toujours comment le Sénégal a pu rester bloqué au XXIe siècle face à de telles absurdités !

De nombreux parents refusent systématiquement, pour des questions de castes, que des unions se concrétisent, mais acceptent en revanche que leur progéniture se marie avec un Européen ou un Arabe.

En gros, ils rejettent un Sénégalais ou une Sénégalaise comme eux, mais disent : « oui » à un étranger, au point d’être prêts à renier leurs enfants s’ils s’entêtent.

Ces derniers font alors face à du chantage affectif et à une situation très difficile, contraints qu’ils sont de rompre leur relation.

Le pire dans tout cela, c’est surtout que ces pères et mères de famille se proclament croyants et musulmans, alors que ce genre de comportement est loin d’être digne d’un bon musulman !

Autre exemple : combien de jeunes filles ont subi un viol de la part d’un de leurs proches ?

Qu’il s’agisse de leur oncle, de leur cousin ou parfois de leur propre père, on leur demande de se taire, de ne pas porter plainte parce que, précisément, il s’agit d’un membre de la famille et que cela pourrait « tout détruire ».

Se met-on, ne serait-ce qu’une seule fois, à leur place afin de prendre conscience du traumatisme qu’elles subissent ?

Le plus difficile est de devoir vivre sous le même toit que le violeur, de le voir tous les jours sans pouvoir rien faire, simplement parce qu’elles n’en auraient pas le droit ! On leur interdit de parler uniquement pour que la famille ne se brise pas.

C’est à la fois méchant, sordide et profondément hypocrite !

Il arrive même que, lorsqu’elles osent en parler, on leur rejette la faute en prétendant qu’elles ont « allumé » ce proche, raison pour laquelle il aurait abusé d’elles. Les victimes souffrent en silence dans leur chair, pendant que leur bourreau circule librement, capable de refaire sa sale besogne en sachant que personne ne portera plainte.

Qu’en est-il également de ces maîtres coraniques qui adorent prêcher la bonne parole tout en étant dans le faux et en violant des enfants talibés ?

Sous leurs masques d’hommes religieux sévères et intègres, qui évoquent sans cesse la religion ou les bonnes pratiques du musulman, se cachent des loups, des monstres horribles qui s’en prennent à des fillettes et à des talibés.

Qu’en est-il de ceux qui disent croire en Dieu, mais préfèrent aller voir des voyants ?

Et de tous ces gens qui affirment se réjouir de votre réussite, mais n’hésiteront pas à avoir recours au maraboutage pour vous détruire, rongés par la jalousie ?

De plus, ce que l’on observe très souvent au Sénégal, ce sont les commérages : ceux qui adorent scruter la vie d’autrui et critiquer, alors qu’ils font pire, et qui en plus veulent s’ériger en donneurs de leçons.

Comme le dit si bien le chanteur ivoirien Mix Premier, ce sont ces « trois fois saints » qui adorent juger les autres comme s’ils n’avaient jamais péché.

À cela s’ajoute le fait que l’on vous sourit et que l’on vous complimente en face, pour mieux dire du mal de vous une fois le dos tourné.

Au Sénégal, de nos jours, ceux qui prônent la vérité se font beaucoup d’ennemis, tandis que d’autres préfèrent vendre leur dignité pour de l’argent.

D’ailleurs, en parlant d’argent : ceux qui en distribuent ont droit à tous les éloges et sont respectés, au point qu’on court derrière eux comme des toutous.

Seulement, le jour où ils n’auront plus rien, ils ne verront plus personne !

Être une femme au Sénégal, ce n’est pas toujours évident !

Je ne dis pas que toutes les femmes sénégalaises souffrent, mais on a l’impression que la société est trop stricte et que beaucoup de choses ne leur sont pas tolérées.

Pour celles qui subissent des violences conjugales ou d’autres épreuves dans leur ménage, on leur intime l’ordre de rester dans leur foyer à cause des enfants, en invoquant ce fameux « mougne » (supporter, endurer).

Concernant les veuves, si elles souhaitent se remarier, certaines familles les étiquettent d’« aye gaaf » (elles portent malheur).

Il y a aussi ces femmes mariées qui n’ont pas encore d’enfants et qui subissent une pression énorme de leur belle-famille ou des jugements incessants, car ce serait prétendument leur faute, par stérilité.

Si le problème peut venir de l’homme, c’est toujours la femme qui est pointée du doigt ; on ne demande jamais au monsieur d’aller consulter un spécialiste, et par pur ego, il a tendance à s’y refuser.

Quant à la polygamie, nombreux sont les hommes (coureurs de jupons) qui se justifient, pris la main dans le sac, en affirmant que la religion musulmane leur permet d’avoir quatre femmes.

Au Sénégal, beaucoup attendent votre mort pour faire de longs et beaux éloges, alors que de votre vivant, ils vous calculaient à peine !

Ne parlons pas de ceux qui auraient pu aider un proche malade pour ses soins médicaux et ne l’ont jamais fait, mais qui débourseront des fortunes pour les funérailles une fois la personne décédée.

C’est pathétique !

Et ce fameux « ndogolou yalla » que l’on entend si souvent ? On met tout sur le dos de Dieu, alors que tant de situations auraient pu être évitées !

Sacré Sénégal… ou devrais-je dire : SEN-RÉGAL !

Pays de naafekh, comme on le dit en wolof, dans lequel l’hypocrisie, hélas, règne en maître.

2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Avatar de Mohamed Mohamed dit :

    Je suis sénégalais de purs souche et je dois dire que votre analyse est très juste. La société sénégalaise est très hypocrites. Votre analyse est assez généraliséet certains détails même ont été omis n’empêche c’est assez pointu. D’ailleurs j’avais eu pour ambition d’écrire un livre précisément sur ce sujet mais devant l’immensité de la tâche la paresse m’a vaincu 😅, mais peu importe bonne analyse!!

    J’aime

    1. Avatar de lanicks lanicks dit :

      Bonjour Mohamed, merci pour votre contribution. Effectivement il y a d’autres facteurs, mais l’idéé était de citer surtout les exemples les plus récurrents dans la société sénégalaise.

      J’aime

Votre commentaire